Adrian Newey alerte sur l’ampleur de la crise chez Aston Martin, Alonso veut encore croire à un redressement

Adrian Newey alerte sur l’ampleur de la crise chez Aston Martin, Alonso veut encore croire à un redressement
Crédit: Fernando Alonso pilote pour Aston Martin au GP d'Australie 2026, première manche à Melbourne du 5 au 8 mars. (Overtake Agency / Levi Erb)

Face à la presse, Adrian Newey a dressé un constat brut, sans détour pour Aston Martin, tandis que Fernando Alonso a tenté de maintenir un cap plus combatif malgré une situation déjà très préoccupante. Voir le verre à moitié plein…

Aston Martin n'avance pas masqué à Melbourne. En grande difficulté depuis les essais de pré-saison, l'écurie britannique a de nouveau vécu un vendredi très compliqué en Australie, sur fond de problèmes persistants liés à son groupe propulseur Honda.

En conférence de presse, Adrian Newey n'a pas cherché à adoucir le tableau. Le patron d'Aston Martin a confirmé que l'équipe était toujours freinée par un double problème : des dysfonctionnements autour de la batterie, mais surtout un phénomène de vibrations venu du moteur, bien plus profond et pénalisant.

« Nous avons des problèmes continus avec la batterie », a expliqué le Britannique. « Il y a un nouveau souci de communication interne entre la batterie et son système de gestion. Mais le problème plus fondamental reste les vibrations avec lesquelles nous continuons de lutter. »

Le constat est d'autant plus inquiétant que ces soucis techniques ne touchent pas seulement la performance pure : ils remettent aussi en cause la capacité de l'équipe à rouler normalement sur un week-end complet. Aston Martin est arrivée à Melbourne avec quatre batteries, mais n'en avait déjà plus que deux réellement opérationnelles à l'issue de cette première journée.

« Si nous en perdons une, ce sera évidemment un gros problème », a reconnu Newey.

Un roulage trop limité pour comprendre la voiture

Le mal est double pour l'écurie de Silverstone. En plus de fragiliser la fiabilité, ces ennuis empêchent aussi Aston Martin d'apprendre sur sa monoplace.

Déjà en retrait en matière de kilométrage pendant les essais hivernaux, l'équipe a une nouvelle fois moins roulé que ses rivaux ce vendredi à Albert Park. Et dans une saison marquée par l'entrée en vigueur du nouveau règlement technique 2026, ce déficit de roulage pèse lourd.

Newey l'a reconnu avec une forme d'impuissance rare dans sa prise de parole.

« Nous avons clairement un problème majeur de groupe propulseur, et notre manque de roulage signifie aussi que nous ne découvrons pas grand-chose sur la voiture », a-t-il expliqué. « Nos informations sur le châssis sont très limitées parce que nous avons très peu roulé. »

Le Britannique a également insisté sur un point technique révélateur : Aston Martin ne peut presque pas exploiter de runs à faible charge, pourtant essentiels pour comprendre le potentiel de la monoplace.

« Le carburant agit comme un amortisseur pour la batterie. Honda nous a énormément limités sur les roulages avec peu d'essence. Cela devient un cercle vicieux. »

Honda au centre de toutes les tensions

Dans son analyse, Adrian Newey a aussi détaillé les racines du problème côté Honda. Selon lui, le motoriste japonais paie aujourd'hui un retour en Formule 1 effectué dans des conditions bien plus complexes qu'auparavant.

Il rappelle que Honda a quitté le championnat fin 2021 avant de revenir, avec une structure largement renouvelée, dans un environnement désormais encadré par le plafond budgétaire. Une partie importante de l'expérience accumulée par le passé s'est évaporée entre-temps.

Pour Newey, l'urgence absolue est donc claire : réduire les vibrations produites par le groupe propulseur avant même de penser au gain de performance.

« Ce ne sera pas une solution rapide », a-t-il averti. « Cela implique des travaux fondamentaux sur l'équilibrage et l'amortissement. »

Alonso garde un ton combatif

Dans ce contexte, la réaction de Fernando Alonso était particulièrement attendue. Le double champion du monde n'a pas participé à la première séance d'essais libres, mais il a tout de même pu reprendre la piste en EL2, où il a bouclé 18 tours, pendant que Lance Stroll roulait lui aussi lors de cette deuxième heure.

À l'issue de la journée, l'Espagnol a reconnu qu'Aston Martin restait en retard dans le déroulé normal de son week-end.

L'équipe « doit encore rattraper un peu son retard dans le programme du week-end », a-t-il admis, tout en espérant pouvoir bénéficier d'une EL3 « plus propre » samedi.

Mais malgré le contexte, Alonso n'a pas sombré dans le fatalisme. Au contraire, son discours s'est voulu lucide mais résolument tourné vers la réaction.

« Nous savons où nous en sommes », a-t-il déclaré. « Comme je l'ai dit hier, un défi de taille nous attend, mais toute l'équipe le relève avec détermination et fait tout son possible pour surmonter cette situation. »

Le pilote Aston Martin rappelle aussi une évidence parfois oubliée dans ce type de crise : en Formule 1, les solutions ne tombent pas du ciel d'une séance à l'autre.

« C'est la Formule 1 — malheureusement, la technologie est très complexe et les choses prennent du temps. Nous avons des essais libres tous les jours et des Grands Prix les uns après les autres chaque semaine, et nous ne constatons peut-être pas les progrès que nous souhaiterions tous. »

Alonso refuse néanmoins de considérer que rien n'avance en coulisses.

« Mais il se passe des choses, plus ou moins importantes, mais l'équipe progresse toujours, alors espérons que cela se traduise au plus vite par de meilleurs temps au tour. »

Mike Krack confirme un vendredi difficile, mais pas inutile

Mike Krack, responsable des opérations sur piste, a lui aussi reconnu la gravité de la situation du jour. Le Luxembourgeois a parlé d'une « journée difficile », tout en précisant qu'elle n'avait rien de totalement inattendu après les soucis rencontrés pendant les essais hivernaux.

« Dans ces conditions, on essaie de faire au mieux », a-t-il résumé.

Krack a toutefois voulu retenir un point un peu plus encourageant : la deuxième séance a au moins permis à Aston Martin d'emmagasiner quelques données, précieuses dans une phase où chaque tour compte double.

« À chaque tour, on apprend – on voit ce qu'on aurait pu mieux faire, que ce soit au niveau des réglages, et on essaie de rattraper notre retard », a-t-il expliqué. « Et c'est quelque chose dont il faut être conscient : quand on ne pilote pas, les autres apprennent tour après tour et on est dans le garage à les regarder. »

Dans un paddock où tous les teams découvrent encore les subtilités du règlement 2026, perdre du temps de piste est déjà pénalisant. Pour Aston Martin, ce manque de roulage prend une dimension encore plus problématique.

Krack estime malgré tout qu'un petit pas a été franchi entre les deux séances.

« La situation est difficile, mais je pense qu'un petit pas a été franchi entre la première et la deuxième séance, car nous étions sur la bonne voie et avons pu obtenir un peu de données que nous devrons analyser ce soir. »

Le contraste entre les discours résume assez bien la situation d'Aston Martin. Newey parle comme un patron confronté à une urgence technique majeure. Alonso, lui, tente de garder l'équipe sous tension sans tomber dans la résignation. Krack, enfin, cherche à préserver ce qui peut encore l'être : du roulage, des données, et un peu de continuité dans un début de saison déjà cabossé…