Lors du Grand Prix des Pays-Bas de 1970, le Français François Cevert fait son entrée dans l'élite du sport automobile, avant d'atteindre plus tard le statut de légende.
Le monde n'a jamais vu François Cevert dépasser l'âge de 29 ans, mais au cours de ces brèves années, il est devenu le symbole à la fois du talent éblouissant et du danger qui caractérisaient la Formule 1 au début des années 1970. Le 21 juin 1970, le Français de 26 ans s'est présenté sur la grille de départ à Zandvoort pour ses débuts en Grand Prix. Ayant déjà fait ses preuves en Formule 2, il avait déjà acquis une réputation fondée sur sa vitesse, son charisme et son physique saisissant, au point que même Jackie Stewart plaisantait en disant qu'il était « trop beau pour être pilote ». Qualifié en quinzième position au volant d'une Tyrrell, Cevert a vu sa première course s'achever au 32e tour à cause d'une panne moteur, mais le week-end a été marqué à jamais par l'accident mortel de l'Anglais Piers Courage, rappelant cruellement que la mort était un spectre omniprésent sur les circuits de l'époque.
Cevert acceptait le danger avec un calme qui frisait la philosophie. Dans une interview accordée à Jacques Chancel en 1971, il déclarait : « Bien sûr, on peut mourir, c'est le risque numéro un. Ce n'est pas un pari, c'est un choix… Soit je cours, je prends le risque et je fais ce que j'aime, soit je ne cours pas et je mène une vie qui ne m'intéresse pas du tout. » Ce détachement, associé à une ambition sans faille, était évident bien avant qu'il n'atteigne la Formule 1. Après avoir abandonné une carrière de pianiste et une brève expérience en tant que créateur de mode, il a financé sa propre formation de pilote, a remporté le prix Shell au volant en 1966 et a acheté une voiture de Formule 3. Bien qu'il ait qualifié la saison 1967 d'échec, il a rebondi pour remporter le championnat de France de Formule 3 en 1968, puis a surpris tout le monde en remportant le Grand Prix de Formule 2 de Reims en 1969, devant le futur champion de F1 Jackie Stewart. Impressionné par la vitesse brute du jeune Français, Stewart a pris Cevert sous son aile chez Tyrrell. Les deux hommes nouèrent une étroite amitié. Stewart se souvint plus tard qu'avant de le rencontrer, Cevert était « un pilote fou » qui effectuait des manœuvres de direction sauvages. Sous la tutelle de Stewart, Cevert apprit à analyser ses trajectoires et à tempérer son agressivité. Leur lien s'étendait au-delà de la piste : la sœur de Cevert, Jacqueline, épousa le pilote Jean-Pierre Beltoise en 1968, faisant du sport automobile une affaire de famille.
En dehors des circuits, les yeux bleus magnétiques et l'élégance naturelle de Cevert en firent une coqueluche des médias. Paris-Match, les magazines de mode et les rubriques people de l'époque le comparaient à une star de cinéma, associant son image à celle d'icônes telles que Brigitte Bardot, Dalida et Françoise Hardy. Le surnom de « Petit Prince » lui resta, même s'il resta modeste et concentré sur son métier.
La saison 1971 marque son premier podium : une deuxième place au Grand Prix de France au Castellet, remporté par Stewart. L'année suivante, il remporte sa seule victoire en Grand Prix aux États-Unis, consolidant ainsi son rôle de numéro deux de confiance de Stewart. En 1973, les experts murmuraient déjà que Cevert pourrait être le prochain champion du monde. À l'approche du Grand Prix des États-Unis, Stewart, qui prévoyait de prendre sa retraite, avait l'intention de passer le relais à son protégé, un geste qui aurait symbolisé la transmission du flambeau.
Mais le destin en décida autrement. Lors des qualifications, Cevert poussa sa voiture à la limite dans la section « Esses », perdit le contrôle et percutta la barrière de sécurité. L'impact fut fatal ; il mourut sur le coup. Stewart arriva sur les lieux de l'accident, vit le corps mutilé de son ami et décida de ne pas prendre le départ de son 100e Grand Prix. Cette tragédie mit fin à une carrière prometteuse et marqua durablement l'évolution de la sécurité dans ce sport.
L'histoire de François Cevert est un mélange de talent brut, de charisme et de la dure réalité d'une époque dangereuse. Son héritage perdure non seulement dans les courses auxquelles il a participé, mais aussi dans le rappel que derrière chaque voiture rapide se cache une vie humaine, fragile et inoubliable.