Quand on mendie, on ne peut pas se permettre d’être difficile.

Quand on mendie, on ne peut pas se permettre d’être difficile.
Crédit: FanF1

Après avoir dénigré les chevaux Taïaut, Buffle Rougeoyant se sent désormais comme un mari contraint de reprendre son ex-femme. La rédemption viendrait-elle de l'avoine Huedada ?

Godefroy de Taffin supervise les chevaux Taïaut et a été profondément déçu par les défilés inauguraux des écuries qui ont pris ses six palfreys. Le chanoine Adrien est le fabricant en chef de l'écurie Buffle Rougeyant, ne répondant qu'à l'archevêque Dietrich, un homme qui a fait fortune dans la bière. Monseigneur Ron Delé est le recteur de Mate la Reine et doit forger une Sainte Alliance entre Mate la Reine et Huedada pour reconquérir les cieux. LE COMTE DE MONCET

Le passé est cruel pour les anciens prophètes dans un cosmos boiteux. Huit victoires consécutives ont forgé la fierté des plus grandes conquêtes et semblaient garantir une gloire éternelle aux Buffles Rouges, qui se croyaient bénis. Aujourd'hui, le vide de son souffle a terni l'estime que le paddock portait à ces pleurnichards irritables, bientôt isolés.

CANON ADRIEN S'il vous plaît, monsieur ! Nous avons besoin d'avoine pour courir l'année prochaine en Formule… ARCHEVÊQUE DIETRICH Hé ! Je ne suis pas sans savoir la rime que vous avez vue. (Reconnaissez, s'il vous plaît, qu'elle était très courante.) Je vais voir un ami qui m'évite. CANON ADRIEN Cet ami qui se prend pour le divin Neptune ? ARCHEVÊQUE DIETRICH Ne m'interrompez pas ! Je déteste ça ! GODEFROY DE TAFFIN Alors pourquoi, monsieur, résiliez-vous nos contrats ?
ARCHEVÊQUE DIETRICH Ah, mais… ! Ha, Godefroy ! Godefroy, quelle joie de vous voir parmi nous dans ce monde d'en bas. Avez-vous daigné descendre sur terre et quitter les nuages pour régler nos affaires ? GODEFROY DE TAFFIN La veille, mille insultes jaillissaient de votre bouche ; pas un mot de ce que vous disiez n'était doux. Maintenant, vous flattez le corbeau comme un renard, alarmé par l'ampleur de vos retards. Quelle ironie, Dietrich ! Vous voilà en train de mendier ce que vous méprisiez hier. ARCHEVÊQUE DIETRICH Allons, allons, mon cher ! Le passé est futile quand l'avenir de nos quatre carrosses est en jeu. Voulez-vous plus que nos coffres d'aumônes ? Voudrais-tu posséder un château espagnol ? Nous voulons tout ; nous pouvons tout faire ; nous donnons tout. Je le dis à genoux : aide-nous, sauve-nous. GODEFROY DE TAFFIN Ah ! Comme c'est touchant. L'archevêque suppliant qu'on lui donne aujourd'hui ce qu'il a autrefois refusé. Eh bien, réfléchissons-y. Tu veux survivre ? Tu devras accepter nos souhaits maintenant. Vous aurez de l'avoine ; de l'avoine pourrie qui date d'hier ou d'une autre année. CANON ADRIEN Malgré nos ingénieurs, malgré nos coffres remplis d'or, nous serions réduits au rang des deux Manoirs. ARCHEVÊQUE DIETRICH Par Jupiter, non ! Impossible ! Inhumain ! Incroyable ! Je vais donc partir chercher mon écurie au Japon. (Il se rend au Japon.) Monseigneur Rondelé ! Que faites-vous ici ? N'est-ce pas le siège de Huedada ? MONSEIGNEUR RON DELÉ (en larmes, portant des chrysanthèmes) C'est bien le lieu, hélas ! Et c'est pourquoi je pleure !

ARCHEVÊQUE DIETRICH Mais pourquoi pleurez-vous ? Et à quoi servent ces fleurs ? MONSEIGNEUR RON DELÉ Vous voyez, Huedada voulait m'annoncer qu'ils avaient enfin terminé la récolte de leur avoine. Merveilleux, me suis-je dit ! Enfin, nous triomphons ; bientôt, ils cesseront de nous traiter d'imbéciles. Mais Huedada n'a apporté que des réformes mineures et dix-huit futilités. Ces fleurs, Dietrich, sont donc pour notre deuil à venir. Nous enterrons Woking dans son cercueil sombre. (Neptune était également le dieu des chevaux.)