Le légendaire Grand Prix méritait un premier champion légendaire, et William Grover-Williams a remporté cet honneur en étant le premier nom inscrit sur la liste des vainqueurs du Grand Prix de Monaco. Sa vie et son histoire mériteraient d'être racontées dans un roman.
L'histoire de William Grover-Williams se lit comme un roman : un héros audacieux du sport automobile qui s'est ensuite glissé dans l'ombre de l'espionnage en temps de guerre. Né en 1903 à Montrouge dans une famille franco-britannique, le jeune pilote remportera sept Grands Prix, dont le premier dans les rues étroites de Monaco qui résonnent encore aujourd'hui de son nom.
C'est aux premières heures du samedi 13 avril 1929 qu'une Bugatti T35 rugissante a dévalé les avenues tranquilles de la Principauté. Invité par son ami Louis Chiron, Grover-Williams avait manqué les essais de la veille et était désespéré de rattraper le temps perdu. À l'époque, Monaco n'avait pas de séances de qualification ; les positions sur la grille de départ étaient déterminées par tirage au sort. La Bugatti verte pilotée par le Britannique obtint une place en deuxième ligne, devant le favori allemand Rudolph Caracciola et sa redoutable Mercedes-Benz SSK, relégués en cinquième ligne.
Dès le premier virage, le pilote franco-britannique prit la tête, suivi de près par Caracciola. Les deux machines – la Bugatti agile de Williams contre la Mercedes brute de Caracciola – se livrèrent un duel légendaire pour remporter le prix de 100 000 francs. Le tournant de la course eut lieu dans les stands. L'arrêt au stand de Caracciola tourna au désastre : son cric glissa sur un rail de tramway, la tête du marteau s'envola et de précieuses secondes furent perdues. Williams, imperturbable, conserva son rythme et franchit la ligne d'arrivée après 100 tours et près de quatre heures, scellant ainsi sa place dans l'histoire de Monaco. Il ajouta plus tard cinq autres victoires en Grand Prix à son palmarès.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, la même maîtrise du français qui l'avait aidé à naviguer dans les rues de Monaco fit de Grover-Williams un atout précieux pour le Special Operations Executive britannique. Sous le nom de code « Vladimir », il fut parachuté près du Mans dans la nuit du 30 mai 1942 et coordonna des missions de sabotage et la logistique des largages alliés au-dessus de la France occupée. Trahi, il fut capturé, torturé par la SD et envoyé à Sachsenhausen, où il fut fusillé le 23 mars 1945. Pourtant, le dernier chapitre de sa vie reste entouré de mystère. Un autographe signé « W. Williams » datant de 1950 a refait surface, et des rumeurs suggèrent que le MI6 l'aurait aidé à prendre une nouvelle identité, vivant tranquillement en France avec sa femme jusqu'à ce qu'un accident de vélo banal l'emporte en 1983. Qu'il ait été un héros, un espion ou les deux, l'héritage de William Grover-Williams perdure dans les rues de Monaco et dans les annales cachées de la résistance pendant la guerre.