Le retour de Daniel Ricciardo soulève des questions

Le retour de Daniel Ricciardo soulève des questions
Crédit: FanF1

Le transfert de Daniel Ricciardo en milieu de saison pour remplacer Nyck de Vries chez AlphaTauri pour la campagne 2023 de F1 a fait des vagues dans le paddock, et son retour dans l'équipe pour laquelle il a couru pendant deux saisons soulève de nombreuses questions.

La tempête silencieuse qui se prépare à Faenza a soudainement trouvé un visage familier à son niveau : Daniel Ricciardo, de retour sur la grille après un exil d'un an, partage désormais le cockpit AlphaTauri avec Yuki Tsunoda. Le retour de l'Australien est moins un retour triomphal qu'un pari calculé de la deuxième équipe de Red Bull, qui est en pleine restructuration et pourrait remodeler tout le milieu de tableau.

Le parcours de Ricciardo jusqu'à présent ressemble à un manuel sur les carrières modernes en Formule 1. Après avoir fait ses débuts avec l'écurie HRT, aujourd'hui disparue, en 2011, le pilote originaire de Perth a obtenu un siège chez Toro Rosso, puis a progressé chez Red Bull où il a remporté trois victoires et a constamment défié la Mercedes dominante. L'arrivée de Max Verstappen en 2016 a bouleversé la hiérarchie, et les transferts successifs de Ricciardo, chez Renault en 2019-2020 puis chez McLaren en 2021-2022, n'ont donné lieu qu'à quelques moments forts sporadiques, notamment une victoire spectaculaire à Monza en 2021. Une deuxième saison médiocre chez McLaren, aggravée par la promotion d'Oscar Piastri, l'a laissé sans volant pour 2023.

Red Bull a réagi en lui attribuant le rôle de troisième pilote pour son écurie sœur, désormais rebaptisée AlphaTauri. Ce changement intervient dans le cadre d'une refonte en profondeur : Franz Tost, directeur de longue date de l'écurie, quitte ses fonctions et Laurent Mékies, ancien adjoint de Frédéric Vasseur chez Ferrari, prendra la tête de l'écurie l'année prochaine. À ses côtés, l'ancien cadre de la FIA Peter Bayer occupera le poste de directeur général. Ces changements ne sont pas purement cosmétiques : Red Bull a décidé de fusionner le département technique d'AlphaTauri avec son activité phare, en renforçant l'équipe aérodynamique du site de Bicester tout en conservant l'assemblage des châssis en Italie.

Pour Ricciardo, ce nouvel environnement représente à la fois un défi et une opportunité. L'AT04, la voiture actuelle d'AlphaTauri, a du mal à marquer des points, et le défi immédiat de l'Australien est simplement de rester aux côtés de Tsunoda lors des qualifications. Mais l'enjeu plus large est celui de la rédemption : un pilote qui semblait autrefois destiné à remporter le titre mondial peut-il retrouver son avantage au sein d'une équipe qui cherche elle-même à se forger une nouvelle identité ?

Les enjeux sont importants pour l'organisation. Après une période 2020-2021 prometteuse, marquée par la victoire surprise de Pierre Gasly à Monza et des résultats réguliers dans le top 10, l'équipe est tombée en queue de peloton en 2022 et 2023, se retrouvant en bas du classement des constructeurs. La décision de la direction d'intégrer les ressources à Red Bull vise à inverser cette tendance, en créant un pipeline de développement plus cohérent et, idéalement, en proposant une voiture capable de marquer régulièrement des points.

Lors des prochaines courses, l'attention se détournera des victoires spectaculaires pour se concentrer sur des indicateurs de progrès plus subtils : la régularité des temps au tour, l'efficacité des arrêts au stand et la capacité de l'expérience de Ricciardo à accélérer la courbe d'apprentissage d'une équipe technique remaniée. Si le partenariat entre l'Australien chevronné et la nouvelle direction ambitieuse fonctionne, AlphaTauri pourrait sortir de son marasme actuel et Ricciardo pourrait enfin prouver que ses meilleurs chapitres restent à écrire.

En 2024, après seulement quatre saisons sous le nom d'AlphaTauri, l'équipe adoptera un nouveau nom afin d'insuffler un nouvel élan à la modeste écurie de Faenza. Toutes ces initiatives indiquent qu'AlphaTauri se trouve à un tournant. Daniel Ricciardo arrive donc dans un contexte très particulier, rejoignant une équipe qui est en pleine réinvention. De plus, les ingénieurs doivent déjà se préparer pour le lancement en 2026 du nouveau groupe motopropulseur que Red Bull Powertrains développera en collaboration avec Ford. L'Australien deviendra-t-il le pont entre le passé et l'avenir de l'équipe ? Seul l'avenir nous le dira.

Un changement dans la stratégie globale de Red Bull

Lorsque Red Bull a racheté l'écurie Minardi à la fin de l'année 2005, l'objectif du géant des boissons énergisantes était de faire de Faenza une écurie junior capable de former des talents pour son propre programme de Formule 1 et, peut-être, d'ouvrir la voie à l'écurie senior Red Bull. Après 17 ans, le pari semble largement réussi : deux pilotes issus de Toro Rosso/AlphaTauri, Sebastian Vettel et Max Verstappen, sont devenus champions du monde, tandis que d'autres, comme Carlos Sainz, ont prospéré ailleurs, et que des noms comme Sébastien Buemi et Jean-Eric Vergne ont connu le succès respectivement en endurance et en Formule E.

Ce parcours n'a toutefois pas toujours été sans heurts. Helmut Marko, le directeur intransigeant du programme pilote de Red Bull, n'hésite pas à rompre les liens avec toute personne qui ne répond pas à ses critères. La dernière victime en date est Nyck de Vries. Après avoir été pilote de réserve chez Mercedes jusqu'à la saison dernière, le Néerlandais a impressionné à Monza lorsqu'il a remplacé Alex Albon, malade, chez Williams. N'ayant pas de siège à lui offrir, Mercedes l'a libéré, et Red Bull l'a immédiatement recruté pour remplacer Pierre Gasly chez Toro Rosso. Cette décision a surpris compte tenu de la rivalité de longue date entre les deux équipes. Les licenciements en cours de saison, notamment ceux de Daniil Kvyat et Pierre Gasly, avaient généralement pour but de faire de la place à de jeunes espoirs (Verstappen pour Kvyat, Albon pour Gasly). Dans ces cas-là, les pilotes évincés ont pu rester en F1 en retournant chez Toro Rosso.

La nomination de Ricciardo à la place de de Vries souligne le manque de pilotes au sein de Red Bull considérés comme prêts pour un siège à temps plein en F1, ou du moins le manque de candidats en qui l'équipe a confiance. En fait, Ricciardo sera le premier pilote trentenaire à courir pour l'équipe de Faenza depuis Sébastien Bourdais en 2009, un autre pilote qui avait été licencié par Toro Rosso en cours de saison.

Red Bull cherche-t-il à gagner du temps avec Ricciardo pendant que ses jeunes espoirs – Liam Lawson, Ayumu Iwasa et Isak Hadjar – acquièrent de l'expérience en Super Formula ou en Formule 2 ? Ou bien l'organisation a-t-elle décidé de placer un pilote expérimenté dans l'une des voitures AlphaTauri afin qu'il encadre un jeune pilote prometteur ? La réponse sera connue lorsque Laurent Mékies aura finalisé la composition des pilotes pour 2024. Un nouveau levier pour Sergio Pérez
Lors du Grand Prix d'Azerbaïdjan, quatrième course de la saison 2023, Sergio Pérez avait égalé les deux victoires de Max Verstappen, le plaçant à égalité de points avec le Néerlandais. Depuis l'étape de Monaco, cependant, la forme de Pérez a chuté ; il a manqué la Q3 à cinq reprises.

Ces résultats sont loin de ce que la hiérarchie de Red Bull attend d'un pilote au volant de la voiture la plus compétitive du plateau. Désormais plus proche de Fernando Alonso et Lewis Hamilton que de son coéquipier Verstappen, la deuxième place de Pérez au championnat semble de plus en plus compromise, malgré son objectif initial de se battre pour le titre.

Depuis son arrivée chez Red Bull en 2021, Pérez a d'abord été considéré comme le partenaire senior de son illustre coéquipier. Sa défense héroïque de la première place contre Lewis Hamilton à Abu Dhabi reste gravée dans les mémoires. En 2022 et 2023, le spécialiste des circuits urbains, qui a remporté cinq de ses six victoires sur des circuits citadins, a commencé à affirmer plus ouvertement ses propres ambitions.

Aujourd'hui loin derrière Verstappen, Pérez est sous pression, et même son coéquipier n'a pas hésité à souligner qu'il « doit remporter le championnat des constructeurs par lui-même ». Verstappen a déjà plus de points au classement des pilotes que toute l'équipe Mercedes, qui occupe la deuxième place du classement des constructeurs. Le transfert de Ricciardo chez AlphaTauri pourrait-il être un moyen subtil de mettre davantage de pression sur Pérez ? Que se passera-t-il si l'Australien obtient de bons résultats tandis que le Mexicain continue à rencontrer des difficultés ? La Formule 1 n'est pas étrangère aux surprises, et cette évolution suggère que nous sommes loin d'avoir vu le dernier rebondissement.