Le circuit Charade retrouve son mur BP d’origine

Le circuit Charade retrouve son mur BP d’origine
Crédit: FanF1

Le groupe Agissons pour Charade a rafraîchi le mur de la Courbe de Manson, redonnant ainsi les couleurs vert et jaune du sponsor BP au circuit auvergnat pour la première fois depuis près de 51 ans, soit depuis le dernier Grand Prix de Formule 1.

J'ai été témoin d'un pan de l'histoire, un pan très particulier, celui de la Formule 1 et du Moto GP. Une petite équipe d'hommes m'a érigé au bord d'une nouvelle route, au cœur des volcans d'Auvergne. Alors que je prenais forme, quelqu'un m'a murmuré que des voitures de course allaient bientôt vrombir à mes côtés.

Les premières mains qui m'ont donné vie ont disparu, remplacées par d'autres qui ont transformé un simple bloc de pierre et de béton gris en quelque chose de saisissant. Une nouvelle couche de blanc éclatant a été appliquée, suivie de touches de vert et de jaune et d'un logo « BP » original, celui de la compagnie pétrolière qui allait sponsoriser plusieurs événements ici. Peu après, les mots « MotoGP » puis « Formule 1 » ont commencé à résonner autour de moi.

Ma raison d'être est alors devenue claire : voir, entendre et, surtout, protéger les bolides qui allaient passer à toute vitesse. La première course a eu lieu à la fin du mois de juin 1965. Lorsque les voitures sont passées pour la première fois, je me suis dit : « Quelles machines étranges ! » J'avais déjà vu des véhicules, mais aucun comme ceux-là. Du coin de l'œil droit, je les ai regardés foncer, sans toit et de forme étrange, leurs pilotes portant des casques à peine finis et des lunettes. Ces hommes étaient différents. Je me souviens d'un commissaire agitant un drapeau jaune et criant : « Ils sont fous ! » Les roues ont effleuré mon bord, leurs logos Dunlop et Goodyear clignotant. L'admiration de la foule m'a fait comprendre que les pilotes possédaient quelque chose de spécial : une aura, un talent brut et une volonté intrépide d'affronter le danger. À l'époque, je ne pouvais pas nommer les casques, mais quelques mois plus tard, j'ai appris qu'ils appartenaient à des légendes : Jackie Stewart, Lorenzo Bandini, John Surtees et Jim Clark. J'ai ressenti une vive tristesse en apprenant que Clark, l'Écossais qui avait autrefois poussé sa Lotus à ses limites sans jamais sembler forcer, était décédé l'année précédente à Hockenheim, manquant son retour à Charade en 1969.

Les voitures de course, les monoplaces, continuèrent à revenir jusqu'à ce que la chance tourne pour le circuit. Alors que je venais de faire la connaissance de mon voisin, le pilote Patrick Depailler, on m'annonça : « Elles ne reviendront plus. » La Formule 1 avait disparu, mais les motos restèrent. J'ai assisté aux derniers triomphes de Giacomo Agostini en 1974, puis de son rival Phil Read. Puis, le dimanche 21 avril, les motos ont elles aussi disparu. Plus aucune trace de caoutchouc sur la courbe Manson, plus aucune odeur d'essence. La route est devenue silencieuse, à l'exception du trafic ordinaire. Je me suis retrouvé inactif, à la retraite et ennuyé, me remémorant les moments glorieux que j'avais gardés, même les caméras du film Grand Prix de John Frankenheimer, que je n'ai jamais pu voir.

Sans rien à faire, l'attente s'éternisait. Les intempéries m'ont malmené – pluie, vent, neige, gel – mais j'ai refusé de baisser les bras. Je me suis tenu debout, ne voulant pas décevoir le volcan endormi derrière moi, un géant qui, selon la légende, serait désastreux s'il se réveillait. Mes couleurs vives du jour de la course se sont estompées, puis ont complètement disparu lorsque la nature m'a repris. Je suis devenu un simple mur le long d'une route de campagne, ignoré des automobilistes, des cyclistes et des motards. De temps en temps, j'étais réveillé par le rugissement lointain des moteurs, mais le tracé du circuit avait changé et plus aucune voiture ne passait devant moi. Mon long sommeil a finalement pris fin à l'été 2022, lorsque le virage Manson a été transformé en rond-point, que des maisons ont poussé comme des champignons et que les environs sont devenus méconnaissables.

Un groupe de passionnés est alors intervenu, déterminé à me redonner ma gloire d'antan. Pendant plusieurs jours, ils ont repeint mon logo blanc, jaune, vert et original, ont débroussaillé les ronces et les hautes herbes, et ont redonné vie à ma surface. Ils connaissaient mon histoire, mes rencontres, et ont réussi à me faire parler à nouveau. Aujourd'hui, les habitants et les voyageurs peuvent admirer le mur et dire : « Quel beau mur, c'est l'ancienne route du circuit de Charade. »

Pour les quelques curieux qui s'arrêtent sur l'herbe fraîchement coupée et regardent de plus près, une plaque en pierre de Volvic indique : « Témoin de plusieurs courses de Formule 1 et de Grand Prix moto qui ont eu lieu de 1965 à 1974 sur le plus beau circuit du monde. » Ces mots, placés sur ma pommette gauche près de 49 ans après mon dernier Grand Prix, m'ont fait venir les larmes aux yeux – une reconnaissance appropriée d'une vie vécue à la limite de la vitesse et de l'histoire. Même si je suis toujours sans emploi, mon humeur s'est améliorée. J'aide les personnes âgées à se remémorer leurs souvenirs et je partage mon histoire avec les plus jeunes. Les journées me semblent désormais beaucoup plus courtes. Merci donc à ces hommes. À titre de référence, vous pouvez voir les bénévoles de l'association Agissons pour Charade travailler sur le mur sur Google Maps via Streetview : https://www.google.fr/maps/@45.7480322,3.0246777,3a,75y,66.27h,68.45t/data=!3m6!1e1!3m4!1s-88CxDkZDrKWqrksGXW4zg!2e0!7i16384!8i8192.