La France et la Formule 1 sont pratiquement indissociables, le pays accueillant un Grand Prix presque chaque saison depuis les débuts de ce sport, souvent sur différents circuits.
La France compte pas moins de sept circuits ayant accueilli des courses de Formule 1, ce qui divise les pilotes. Certains apprécient cette diversité, tandis que d'autres regrettent l'absence d'un circuit emblématique unique. « Les Français sont confus ; ils nous ont envoyés sur tellement de circuits. Il aurait mieux valu n'en choisir qu'un seul ! », se plaint un pilote dans le documentaire de Canal+ Sur la piste du Grand Prix de France. Jacques Laffite, quant à lui, défend cette multiplicité : « La variété est une bonne chose. Un circuit doit être vivant, c'est plus agréable. Changer de circuit oblige à réajuster la voiture, ce que je trouve plus excitant que de connaître un circuit par cœur. »
Reims-Gueux
Le premier Grand Prix de France à porter le nom de Formule 1 a eu lieu à Reims-Gueux en 1950. Ce tracé triangulaire, construit en grande partie sur la route départementale D31, existe encore aujourd'hui et est classé monument historique. Les tribunes bordent la route et le site continue d'accueillir des événements. Reims-Gueux est également resté dans les mémoires pour une course étrange en 1951 : la voiture victorieuse d'Alfa Romeo était pilotée par deux hommes. Luigi Fagioli a pris le départ de l'épreuve, mais a cédé le volant à Juan Manuel Fangio au 26e tour après un problème d'allumage, et les deux ont donc été déclarés vainqueurs.
Rouen-les-Essarts
Rouen-les-Essarts porte un héritage tragique. Lors de sa dernière apparition en F1 en 1968, Jo Schlesser a perdu le contrôle au troisième tour et s'est écrasé contre un talus où sa Honda a pris feu. Le feu l'a piégé et il n'a pas pu s'échapper. La course n'a pas été arrêtée ; les pilotes ont continué à rouler devant l'incendie. Le champion du monde John Surtees a ensuite jugé la voiture trop dangereuse et a refusé de la conduire. Malgré cette catastrophe, Jacky Ickx remporta sa première victoire en Grand Prix ce même week-end.
Charade
Utilisé seulement quatre fois, Charade a laissé son empreinte dans l'histoire de la F1. Stirling Moss l'a qualifié de « plus beau circuit du monde » et l'ancien historien de Charade, Patrice Besqueut, l'a décrit comme « un circuit pour les hommes ». Situé sur les pentes des volcans d'Auvergne, au-dessus de Clermont-Ferrand, il a attiré des légendes telles que Jackie Stewart, Jochen Rindt, Niki Lauda, Ronnie Peterson et Graham Hill. Des problèmes de sécurité ont contraint les organisateurs à déplacer le Grand Prix de France 1975 hors de Charade. Plus tôt, en 1972, Helmut Marko, aujourd'hui cadre chez Red Bull, avait perdu un œil lorsqu'une pierre avait frappé sa visière à plus de 220 km/h, mettant fin à sa carrière de pilote et scellant le sort de Charade en tant que site du Grand Prix.
Le Mans
Le Mans n'a accueilli le Grand Prix de France qu'une seule fois, en 1967, sur le circuit intérieur Bugatti du célèbre circuit des 24 Heures. La fréquentation a été faible et les pilotes n'ont pas apprécié le tracé, laissant les tribunes peu remplies. L'expérience s'est avérée infructueuse ; le site n'est jamais revenu au calendrier de la F1, et Jack Brabham reste le seul vainqueur d'un Grand Prix de France au Mans.
Dijon-Prenois
Dijon-Prenois est surtout connu pour le duel de 1979 entre René Arnoux (Renault) et Gilles Villeneuve (Ferrari). Dans les derniers tours, les deux amis se sont battus roue contre roue, repoussant les limites du circuit et de la sécurité. La Ferrari de Villeneuve a devancé la Renault d'Arnoux, assurant ainsi la première victoire de Renault en Formule 1. Le circuit a également accueilli le Grand Prix de Suisse, organisé en France car la loi suisse interdisait les courses automobiles sur son territoire.
Paul Ricard
L'origine du circuit Paul Ricard est inhabituelle. Son homonyme, créateur d'une célèbre boisson alcoolisée, a construit le circuit pour prouver qu'il était possible de créer un circuit sûr et financièrement viable. Il a accueilli le Grand Prix de France tout au long des années 1970, 1980 et 1990, avant d'être supplanté par Magny-Cours, financé par les contribuables. Ricard a déploré ce changement : « J'ai payé des impôts pour construire le circuit, tandis que Magny-Cours est financé par les contribuables. Encore un scandale. » Après une décennie d'absence, Le Castellet a accueilli à nouveau la F1 en 2018.
Magny-Cours
Lorsque la Formule 1 est revenue en 1991, elle s'est installée à Magny-Cours, dans la Nièvre. Le tracé moderne et rapide a donné lieu à certains des chapitres les plus mémorables de l'histoire du Grand Prix de France.
Lorsque les lumières se sont finalement éteintes à Magny-Cours en 2008, ce n'est pas le rugissement des moteurs qui a marqué la fin d'une époque, mais le soupir discret d'un budget en baisse. Le Grand Prix de France, autrefois une étape phare du calendrier de Formule 1, a été contraint de tirer sa révérence, son avenir scellé par des contraintes financières que les organisateurs n'ont tout simplement pas pu surmonter.
Le chant du cygne du circuit a toutefois été précédé d'une litanie de moments inoubliables qui ont consolidé sa place dans la légende du sport automobile. En 1993, un Alain Prost audacieux a remporté la victoire dans ce qui allait devenir sa dernière course, scellant ainsi son héritage sur son propre sol. Dix ans plus tard, le même asphalte a été le témoin de la marche implacable de Michael Schumacher vers la grandeur. En 2002, l'as allemand a remporté son cinquième championnat du monde à Magny-Cours avec six courses encore à disputer, un exploit qui a souligné sa domination. L'affinité de Schumacher pour le circuit français ne s'est pas arrêtée là. Deux ans plus tard, il a orchestré une stratégie magistrale, optant pour un plan audacieux de quatre arrêts au stand qui a pris ses rivaux au dépourvu et lui a permis de remporter une nouvelle victoire. Même le regretté Ayrton Senna, dont le nom est à jamais lié au circuit, a vu sa voiture marquée par l'empreinte de l'ère Schumacher, un subtil rappel de la façon dont les légendes de ce sport s'entremêlent. Des adieux triomphants de Prost à la brillante stratégie de Schumacher, le Grand Prix de France était plus qu'une simple course : c'était une scène où l'histoire s'écrivait et se réécrivait. Sa disparition soudaine en 2008 a laissé un vide, non seulement dans le calendrier, mais aussi dans la mémoire collective d'un sport qui se nourrit à la fois du spectacle et de l'économie qui le soutient. L'héritage de ces drames à grande vitesse perdure cependant, résonnant chaque fois qu'un pilote repousse les limites sur le sol français.